Boutique Biologiquement.comCouples mixtes : l’amour en couleurs

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Bousculer les préjugés

Ils sont de nationalités ou d’origines différentes et ils s’aiment. Alors que la France est championne d’Europe des mariages mixtes, enquête sur ces amoureux qui bousculent les préjugés. Par Catherine Robin
« Papa est noir, maman est jaune et moi je suis marron ! » Une pub pour United Colors of Benetton ? Non, juste l’arc-en-ciel familial décrit par le petit Martin, 5 ans. Voilà plusieurs années qu’il interroge ses parents sur leur différence de couleur de peau. « D’autant plus que, dans son école, ils ne sont pas très nombreux à être dans le même cas. Même si on vit à Paris, le métissage n’est pas visible partout », remarque sa maman, Solenn, une Bretonne de 33 ans qui a eu un deuxième petit garçon au printemps. Mariée depuis cinq ans à Emmanuel, un Français d’origine camerounaise, cette jolie blonde a expliqué à Martin qu’il était le fruit d’un mélange, en insistant particulièrement sur son identité métisse, car « l’idée du 50 % blanc, 50 % noir ne me paraît pas très structurante, l’identité métisse est moins bancale, plus entière ».

Suivre un chemin unique

Pour Solenn et Emmanuel, comme pour de nombreux couples issus de cultures différentes, la mixité, c’est d’abord inventer, essuyer les plâtres, suivre un chemin unique. « Rien n’est jamais tracé, tout est à construire, on fait du sur-surmesure, en essayant de s’éloigner de son propre schéma parental », affirme Isabelle Lévy, auteure de « Vivre en couple mixte, quand les religions s’emmêlent » (Presses de la Renaissance).

A l’heure où un métis est élu président des Etats-Unis, où Heidi Klum et Seal font les couvertures de magazines, on se demande si l’époque ne ferait pas (enfin !) exploser le traditionnel dicton du « qui se ressemble s’assemble ! », et voler en éclats l’homogamie, cette règle sociologique selon laquelle on s’unit toujours avec un conjoint du même groupe social ou culturel que soi. seal-and-heidi-klum« La société française est plus libérale et plus ouverte que par le passé, note le sociologue Gérard Neyrand (1). Elle accepte de mieux en mieux les couples mixtes, instrument d’intégration par excellence. Paradoxalement, l’arsenal législatif agit dans le sens contraire et on assiste depuis plusieurs années à un regain de suspicion à l’égard des couples binationaux, soupçonnés de mariages blancs. »

Ce durcissement politique est d’ailleurs à l’origine de la création, en juin 2007, de l’association des Amoureux au ban public (2), qui défend le droit à s’aimer des conjoints de nationalités différentes.


39 000 mariages franco-étrangers

Aujourd’hui, en France, on compte plus de 39 000 mariages franco-étrangers par an. Un chiffre qui a presque doublé en dix ans, représentant aujourd’hui près de 14 % des passages devant le maire. Ce qui fait de l’Hexagone un champion européen en la matière. L’expression « union mixte » va pourtant bien au-delà d’une différence de nationalités. Derrière ce terme se cachent des réalités hétérogènes : différences de nationalité, de culture, de couleur de peau, de religion.

« Dans notre société très normative, le choix de vivre avec une personne d’une autre culture, c’est une façon d’exercer sa liberté individuelle, une manière de se distancier de ses origines, de sa famille, de sa religion », explique la sociologue Gabrielle Varro (3). « J’ai toujours eu soif d’altérité, envie de connaître autre chose que ce que je vivais dans ma Bretagne natale », confie ainsi Solenn. Pourtant, la mixité n’est pas toujours facile à vivre au quotidien. Rigidité des familles et de l’entourage, difficulté à faire cohabiter des croyances distinctes, la vie du couple mixte n’est pas toujours un long fleuve tranquille.

« Depuis que je me suis mariée, mon frère aîné ne me parle plus. Il n’a pas accepté que je vive avec un Français », raconte Amina, une quadragénaire d’origine algérienne mariée à Eric. « Quand j’ai rencontré Rodney, d’origine gabonaise, nous avons dû quitter mon appartement dans le 17e arrondissement de Paris car tout à coup j’ai reçu des courriers au racisme latent disant que je crachais dans les couloirs, que je faisais trop de bruit… alors que je vivais là, et sans problèmes, depuis cinq ans », témoigne Hélène.

Et les enfants ?

Dans le couple, c’est bien souvent à la naissance des enfants que de nouvelles problématiques émergent. « C’est un moment crucial. Ça passe ou ça casse », atteste Isabelle Lévy. Quel prénom choisir ? Dans quelle religion l’enfant va-t-il grandir ? Apprendra-t-il les langues respectives de ses parents ou seulement le français de son pays natal ? « La question essentielle c’est : quelle loyauté chacun va avoir pour sa culture d’origine ? » résume la psychothérapeute Sylvie Angel.

« Il est toujours mieux de discuter de ces questions fondamentales avant l’arrivée de l’enfant plutôt que de se dire que l’on en parlera le moment venu, car souvent il est trop tard », ajoute Isabelle Lévy. C’est ce qu’ont fait Amina et Eric. « Avant qu’Anissa ne naisse, nous savions qu’elle serait ancrée dans la double culture, raconte Amina. Dès le début de ma grossesse, je lui parlais en arabe. Aujourd’hui, elle a 15 ans et elle est parfaitement bilingue. Elle a un prénom arabe et elle est musulmane comme moi. Ce qui ne l’empêche pas de très bien connaître la tradition chrétienne, que je lui enseigne d’ailleurs bien plus que mon mari. L’essentiel pour moi est qu’Anissa ne grandisse pas dans le clivage, qu’elle ne voie pas l’Algérie comme une touriste, mais qu’elle soit plongée dans les deux cultures. »

Comment ne pas voir ici l’immense richesse que peuvent constituer ces unions biculturelles ? Pour le philosophe Vincent Cespedes, auteur de « Mélangeons-nous : enquête sur l’alchimie humaine » (Maren Sell) : « La mixité amoureuse, c’est l’avenir de l’humanité. Pour trois raisons : le bilinguisme est un enrichissement prodigieux, car la langue est une façon de voir le monde. Plus on en connaît, plus on voit la réalité selon des prismes différents. Ensuite, on sait que le brassage, le mélange des gènes est une vraie richesse. Il n’y a qu’à voir les ravages de la consanguinité. Enfin, quand la mixité est incarnée dans un être, ce mélange implique forcément une plus grande tolérance, ça ouvre les points de vue. »

Des couples plus fragiles ?

Pourtant, certains affirment que les couples mixtes seraient plus fragiles que ceux de culture similaire : « C’est une idée reçue, analyse Gérard Neyrand. On imagine qu’avec d’importantes différences culturelles le risque est grand de moins se comprendre. Or, chez un couple mixte, il est fréquent de questionner les différences en amont. Dans les années 70, le taux de divorce était le même chez les couples mixtes que chez les autres couples. Et s’il est vrai qu’aujourd’hui le divorce des couples mixtes a tendance à augmenter, cette réalité est surtout liée aux changements d’origine des conjoints étrangers. Avant, ils venaient de pays où le divorce était peu admis, comme l’Espagne, l’Italie ou le Portugal. Aujourd’hui, ils viennent en majorité d’Afrique du Nord et subsaharienne, où les divorces sont culturellement mieux acceptés. »

« Les couples mixtes, c’est l’universalisme mis en pratique. Et, sur ce point, la société a pris de l’avance sur les politiques », souligne Vincent Cespedes. Il serait peut-être temps qu’ils marchent enfin au diapason.

Version en ligne : http://www.elle.fr

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