C’est l’après-midi à l’AUB (American University of Beirut), Fawzi et Shanon (La majorité des prénoms de cet article ont été modifiés) prennent ensemble des photos sur le campus pour un cours artistique commun… Fawzi et Shannon sont en couple depuis 8 mois déjà ; complices, rien ne peut les distinguer des autres couples à l’AUB… juste un détail à son importance : Fawzi est chiite et Shannon Sunnite. Or, dans une société où tout est lié à la religion, la politique d’abord avec ce modèle unique de démocratie basé sur un système confessionnaliste, mais aussi l’éducation, les médias, jusqu’au mariage puisque se marier civilement reste impossible au Liban, ce type d’union “mixte” reste un tabou qui mine beaucoup de couples. Pourtant ce cas de figure se présente très fréquemment , surtout dans une grande ville comme Beyrouth qui favorise le brassage entre les communautés. Beaucoup ne prêtent pas attention à ce genre de détail, les jeunes sortent avec qui ils veulent, en totale liberté… sans mettre forcément leurs parents au courant. Et même quand ils savent, les parents n’y prêtent pas forcément attention à un âge où les relations ne sont pas censées être sérieuses. Tout dépend finalement du degré d’ouverture de la famille sur le sujet. Ainsi, pour cacher une relation à des parents trop rigides, certains sont passés maîtres dans l’art de la discrétion : Rana, de confession sunnite et d’origine syrienne, doit constamment être à l’affut pour ne pas que ses cousines, étudiantes sur le même campus, ne découvrent son histoire d’amour avec un garcon druze.

Le mariage est une composante essentielle de la vie de tout libanais, quelque chose d’extrêmement important, il en va de meme pour la famille qui surveille de près ou de loin les relations qu’entretient leur progéniture, et ce, en vue de cet événement capital. Ainsi dès qu’une relation commence à durer un tant soi peu pour un couple est dès qu’est abordé le sujet du mariage, les choses commencent à changer… radicalement. Parents ouverts ou pas. Lynn, une sunnite qui sort depuis plus d’un an et demi avec un chrétien sans l’avoit dit à son père, le reconnaît elle-même : ” Avoir un copain est très différent du fait de se marier. Quand tu te maries, tu te maries avec toute la belle-famille, si ton copain est issu d’une autre religion cela implique une confrontation avec un tout autre monde, avec des valeurs différentes “, ce qui n’est parfois pas facile à accepter pour les parents . Fawzi constate ainsi que parmi les gens issus de la génération précédente beaucoup de couples mixtes se sont formés puis mariés juste après la guerre civile qui déchira le pays de 1975 à 1990… mais maintenant les difficultés rencontrées pour faire accepter ces unions à cette même generation viendrait de parents qui reporteraient sur leurs enfants les rancoeurs developpées vis-à-vis de l’autre durant cette période de troubles. Comme une vendetta diffuse qui serait toujours d’actualité.

Les bruits vont bon train au Liban, un pays minuscule où tout se sait très vite. Des voisins qui parlent et la rumeur se propage plus vite que la lumière… La pression venant de la société communautariste, le regard des autres, des facteurs qui rendent alors l’union “mixte” invivable. Pour le couple comme pour la famille. Beaucoup de parents veulent absolument éviter d’éveiller l’attention à cause de cela, de créer ces “mini-scandales” de proximité qui peuvent défaire les réputations en un rien de temps.

Dans une société où l’élément familial reste préponderant sur toute autre considération, où la famille est au centre de toutes choses, Rana, amère, admet que c’est “soit ton bonheur, soit celui de tes parents… la plupart des enfants choisissent le bonheur des parents. Dans tous les cas tu n’es pas vraiment heureux.” C’est également une évidence pour Lynn qui place la famille au dessus de tout : “Si ton mec te lâche, vers qui vas-tu aller ? Vers ta famille bien-sûr, elle sera toujours là quoiqu’il arrive. Même dans la pire merde. Il ne faut pas leur tourner le dos et il faut savoir les écouter le moment venu, même si ça fait mal.” La plupart des enfants ne veulent donc pas décevoir leurs parents et s’empêchent délibérement de rester avec la personne dont ils sont amoureux. De nombreux couples doivent ainsi se séparer uniquement à cause de la religion, en se sachant dans l’impasse, en sachant qu’ils ne peuvent aller plus loin dans leur relation. Après une premiere expérience malheureuse, les jeunes apprennent a ne plus s’attacher, mais Fawzi admet qu’il est difficile de trouver un équilibre “entre distance et attachement”. Certains finissent par adopter un comportement radical en s’interdisant dès le départ de sortir avec des personnes issues d’une religion différente… pour éviter cet attachement et pour éviter de souffir après-coup. Et puis enfin il y a ceux qui n’ont pas d’autre choix que de fuire. C’est ce qui est arrivé à Eva, issue de la communaute druze.

Dans le cas de la religion druze, une religion très “fermée” et protective dont la population au Liban est majoritairement concentrée dans les montagnes du Chouf, il est tout simplement inacceptable qu’un homme ou qu’une femme se marie avec une personne issue d’une autre religion. Si cela venait à arriver, le ou la druze serait tout simplement banni(e) de la communauté et ne serait plus consideré(e) comme appartenant à celle-ci. Ainsi, la mère d’Eva, en découvrant un jour que sa fille sortait avec Whard, un garçon musulman, la sequestra chez elle, la privant de tout moyen de communication avec l’extérieur, et ce, en plein milieu de ses études. Prisonnière, elle ne pouvait garder contact avec son petit ami qu’en lui jettant discrètement des petits mots depuis le balcon de sa chambre.

Ce calvaire dura 8 mois. Un jour Whard et ses amis formèrent un convoi pour “enlever” Eva alors qu’elle passait le week-end chez sa grand-mère à la montagne. Enfin libre, elle se sentait invincible et n’avait plus peur de sa famille. Pour Eva et Whard, la chose la plus naturelle à faire après avoir enduré ces 8 mois passés loin l’un de l’autre fût de se de se marier ensemble dans la tradition musulmane. Eva a du donc se convertir pour cela : “je n’ai plus de famille, ce sont les sunnites qui m’ont apporté de belles choses, qui m’ont fait du bien. Je n’avais rien à perdre. Là où j’allais était certainement mieux que là où j’étais.”

De telles histoires si extrêmes restent assez rares mais sont néanmoins révélatrices du tabou bien présent dans la société libanaise à ce sujet, même si à des degrés divers.

Si les couples “mixtes” essaient de ne pas laisser la religion s’immiscer dans leurs sentiments, le pragmatisme se rappelle souvent à eux. Adnan, sunnite, en couple depuis un an et demi avec Yara, athée issue d’une famille chiite, l’admet : “Mes sentiments vont aussi vers ma religion.” Yara enchaîne : “Oui, par exemple que va-t-il se passer si nous avons des enfants, s’il veut qu’ils prient et moi pas ? Alors on se dispute à ce sujet. On sait que c’est quelque chose sur lequel on ne tombera jamais d’accord. Nous sommes plutôt résignés.”

Tout est ainsi histoire de concessions ou de sacrifices selon le degré de croyance de l’un ou de l’autre. Par exemple, Emile se dit prêt à se convertir s’il doit un jour se marier à Lynn : “elle est plus attachée que moi à la religion ; si c’est vraiment la femme de ma vie je serais prêt à le faire… mais je laisserais mes enfants choisir eux-même leur religion” finit-il par préciser. S’ils avaient le choix, beaucoup de couples “mixtes” reconnaissent tout de même qu’il serait bien plus simple et bien plus sûr d’épouser une personne partageant les mêmes croyances. Kinan, bien qu’il soit en couple avec une chrétienne et qu’il soit lui-même musulman, abonde dans ce sens : “ la personne comprend mieux ta mentalité, une grande partie de ta vie, de tes valeurs…c’est une décision plus sage”. Fawzi préférerait lui aussi se marier avec une fille issue de l’Islam mais : “quand on aime on ne choisit pas. La personalite vient avant toute autre considération”.

Au delà de la famille et des croyances personnelles, la loi libanaise rend également ce type d’union extrêmement difficile. Le mariage civil reste prohibé au Liban, seul est reconnu le mariage religieux ; et avec 18 communautés présentant 18 codes de mariages différents, où chaque personne appartenant à une communauté doit obéir au code civil propre à celle-ci, la possibilité de mariage “mixte” est rendue très difficile dans la pratique. Un fait inadmissible pour Bassel Abdallah, coordinateur du Mouvement de la Société Civile, organisation militant pour un état libanais laïque. Dans son combat pour la création d’une loi en faveur du mariage civil il constate avec amertume que les politiques n’ont aucune raison de défendre ce type de mariage. Pour pérenniser leur pouvoir et leur influence il est dans leur intérêt de garder un équilibre démographique entre les différentes communautés ; une façon de maintenir le système politique sectaire en place. Bassel poursuit : “C’est un cercle vicieux. Comme les chefs de clans doivent leurs pouvoir à ce systeme, ils font tout leur possible pour influencer les gens et pour ne pas faire changer les mentalités”. Bassel Abdallah le reconnaît pourtant, la clé réside dans les mains de ces hommes politiques qui disposent d’énormément d’influence sur leurs communautés respectives. S’ils prennent une décision, les gens suivront. C’est un combat qui remonte aux années 40 et pourtant, jamais aucun texte de loi n’a été adopté en ce sens. Le dernier projet en date remonte à 2011 et n’a même pas été débattu en commission parlementaire.

Yara, fervente défenseur du mariage civil, s’emporte face à cela : “ il y a 18 communautés qui cohabitent ici, on ne peut pas continuer d’empêcher les gens de s’aimer comme ils l’entendent. (En s’adressant aux politiciens) D’accord tu crois en Dieu mais ce n’est pas une raison pour se prendre pour lui et décider à la place des gens.”

Tant que cela ne changera pas, les jeunes continueront de s’envoler vers Chypre ou vers la Grèce (les pays les plus proches pratiquant le mariage civil) pour se marier et revenir au Liban avec un contrat reconnu par les cours libanaises. En effet, Le Liban reconnaît bien le mariage civil à l’étranger mais pas sur son territoire. Ce type de voyage, vanté par de nombreuses publicités le long de l’autoroute longeant la côte libanaise, peut cependant s’avérer très onéreux et ne règle pas le problème du leg et de l’héritage entre communautés, qui reste de l’ordre de l’impossible.

Tant que les choses ne changeront pas, les jeunes, les familles continueront de souffrir… alors en attendant, beaucoup préfèrent vivre le moment présent, sans penser à l’avenir. Tant que cela fonctionne. Même s’ils savent pertinemment comment va se finir la relation…tôt ou tard. Rana aime son ami druze et cette fatalité la déprime. Cela la rend folle quand elle constate à quel point la religion affecte les relations ; elle espère simplement que plus tard elle trouvera un homme musulman bien, et qu’elle s’entende avec lui. Dans un soupir, elle déplore : “L’amour est censé être quelque chose de beau, de pur, mais ici la société rend même des choses aussi simples tellement compliquées.”


En thaï, la locution «louk khreung» (littéralement: enfant-moitié) désigne des fils ou filles de couples mixtes. Des hybrides aux yeux… débridés, dont le nombre a significativement augmenté dans les années 50, au sortir de la 2ème guerre mondiale, suite à l’afflux de résidents et de touristes, puis de 1964 à 1975 pendant la guerre du Vietnam, lorsque la Thaïlande servait de base arrière aux troupes de l’Oncle Sam.
L’exemple le plus célèbre étant Tiger Woods, né en 1975 de parents mariés, mais il y eut également beaucoup de métis provenant d’unions passagères et tarifées. Si certains furent l’objet de discrimination au départ, la plupart ont été largement acceptés et intégrés par la population thaïlandaise. De nos jours, beaucoup de ces «sang-mêlé» viennent de relations entre expatriés et autochtones. Depuis une vingtaine d’années, les «louk khreung» sont à la mode, voire même très courtisés par l’industrie du spectacle, appréciant leur bonne maîtrise de l’anglais et surtout leur apparence physique caractéristiques de la race blanche. Plus grands que la moyenne, avec une peau claire, des cheveux auburn et des yeux souvent bleus ou verts, ils finissent acteurs, chanteurs, ou animateurs vedettes. Faisant partie intégrante du paysage audio-visuel, ils sont nombreux à envahir le paf. C’est le cas de Tata Young (chanteuse, mannequin, actrice), Cindy Burbridge (mannequin, actrice), Mario Maurer (mannequin, acteur), Alexander Rendell (acteur, chanteur), Paula Taylor (actrice, mannequin, présentatrice), Ann Thongprasom (actrice, animatrice, productrice), ou encore de Katreeya English, plus connue sous le nom de “Kat”, elle aussi chanteuse, actrice, et mannequin. Bref, la liste est longue et non exhaustive…

En thaï, la locution «louk khreung» (littéralement: enfant-moitié) désigne des fils ou filles de couples mixtes. Des hybrides aux yeux… débridés, dont le nombre a significativement augmenté dans les années 50, au sortir de la 2ème guerre mondiale, suite à l’afflux de résidents et de touristes, puis de 1964 à 1975 pendant la guerre du Vietnam, lorsque la Thaïlande servait de base arrière aux troupes de l’Oncle Sam.

L’exemple le plus célèbre étant Tiger Woods, né en 1975 de parents mariés, mais il y eut également beaucoup de métis provenant d’unions passagères et tarifées. Si certains furent l’objet de discrimination au départ, la plupart ont été largement acceptés et intégrés par la population thaïlandaise. De nos jours, beaucoup de ces «sang-mêlé» viennent de relations entre expatriés et autochtones. Depuis une vingtaine d’années, les «louk khreung» sont à la mode, voire même très courtisés par l’industrie du spectacle, appréciant leur bonne maîtrise de l’anglais et surtout leur apparence physique caractéristiques de la race blanche. Plus grands que la moyenne, avec une peau claire, des cheveux auburn et des yeux souvent bleus ou verts, ils finissent acteurs, chanteurs, ou animateurs vedettes. Faisant partie intégrante du paysage audio-visuel, ils sont nombreux à envahir le paf. C’est le cas de Tata Young (chanteuse, mannequin, actrice), Cindy Burbridge (mannequin, actrice), Mario Maurer (mannequin, acteur), Alexander Rendell (acteur, chanteur), Paula Taylor (actrice, mannequin, présentatrice), Ann Thongprasom (actrice, animatrice, productrice), ou encore de Katreeya English, plus connue sous le nom de “Kat”, elle aussi chanteuse, actrice, et mannequin. Bref, la liste est longue et non exhaustive…


Bonjour,
Nous nous présentons: Amandine, française, 24 ans et Malek, 33 ans d’origine marocaine.
Nous sommes parents d’un petit Yanis de quatre ans.

On sponsorise notre mixité

On sponsorise notre mixité

Nous nous sommes rencontrés il y a sept ans, tout nous séparé : notre mode de vie, notre différence d’âge, nos confessions religieuses et notre éducation.
Notre couple? Personne n’ y croyait, à tel point que parfois on en doutait nous même….
Depuis notre rencontre, nous rêvons de nous unir par les liens du mariage mais le contexte ne s’y prettait pas trop, jusqu’à ce qu’on décide de faire nous même évoluer les circonstances!
De budget tres limité, nous avons décidé d’utiliser le sponsoring pour promouvoir cette mixité et s’offir un mariage pas comme les autres…
Nous allons organiser un mariage où fusionneront les deux cultures, un mariage pacifique et unique!
La mixité devient de plus en plus courante de nos jours, pourtant les tabous restent inchangés.
Cela dérange toujours les gens “qu’une fille comme moi soit avec un gars comme lui”
Tabous, apprioris, … Nous souhaitons montrer que la différence est une richesse et qu’il faut savoir y faire face plutôt que de s’en cacher.
Nous sommes actuellement en phase de médiatisation et nous comptons des partenaires tant orientaux que occidentaux.
Ces partenaires sont heureux de participer à ce projet car il est positif et juste.
Venez nous retrouver sur notre site : www.cnotremariage.fr/malikamandine84
A trés bientôt
Amandine&Malek


Depuis la proposition de Yazid Sabeg, Haut Commissaire à la Diversité et à l’Egalité des chances, visant à établir des statistiques ethniques, dans le but de favoriser la « discrimination positive », les esprits s’échauffent.

En effet, quand certains y voient l’opportunité de pousser les entreprises et les institutions à intégrer des « français d’origine… » dans leurs équipes, d’autres y voient d’éventuelles dérives discriminatoires, loin d’être positives.

Il faut rappeler que la collecte d’informations personnelles qui font apparaître des critères raciaux ou ethnique sont proscrit par la loi informatique et liberté de 1978, révisée durant l’été 2004. Cependant, la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des libertés) est amenée parfois à fournir des dérogations pour des organismes statistiques du moment que les données soient collectées à titre anonyme.

Cependant, cette disposition a de quoi soulever de multiples questions. Tout d’abord, comment comprendre le fait que l’une des premières dispositions du Commissaire à la Diversité et à l’Egalité des chances, censé être le garant des droits des plus discriminés, soit une mesure statistique discriminante (positivement peut être, mais discriminante) ? D’autre part, quelles utilisations concrètes le gouvernement souhaiterait-il mettre en place ? N’y a-t-il pas risque de dérives ? Enfin, n’est-il pas paradoxal de discriminer positivement lorsqu’on parle d’intégration ?

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Débat proposé par Bourriquet


“Ne méditent-ils pas le Coran ! Ont-ils le cœur verrouillé !” S4.V82.

Vous affirmez dans votre ouvrage “Que dit vraiment le Coran” que le Coran autorise le mariage entre une musulmane et un non musulman. Cependant, il est bien connu que cela est interdit par la Loi. Qu’en est-il exactement ?

Il ne s’agit pas d’une affirmation personnelle mais d’un constat dressé à partir des trois uniques versets traitant de ce sujet spécifiquement. Pour être plus précis il faut formuler ainsi : le Coran n’interdit pas ce type de mariage. La différence est importante car, comme nous pourrons le constater, l’analyse fine des versets concernés laisse apparaître de sérieuses limitations à ce que l’on ne pourra qualifier d’autorisation tolérante.

Les conséquences d’une lecture morale à laquelle nous invite le Coran quant à ce sujet place le débat à un autre niveau que celui du binôme halâl/harâm. Nous constaterons, encore une fois, que dans le Coran la morale et l’intelligence l’emporte sur la sécheresse de l’esprit et du cœur ; ce qui ne signifie nullement que les conduites à tenir en ce type de mariage soient ainsi plus “libérales”, bien au contraire.

Ceci étant, il convient de préciser que notre seul objectif est de permettre à tous d’accéder directement au sens du Coran. Il n’est donc pas question pour nous de donner des fatwas ou d’imposer des points de vue personnels, mon objectif est de permettre une réflexion dépassionnée et objective.

Lorsqu’un musulman s’interroge, ou plus exactement lorsque sa conscience l’interpelle, son premier réflexe, tout comme la première démarche lui incombant, est de consulter son Livre afin d’y rechercher une réponse.

Le mariage est abondamment traité dans le Coran et nous en avons par ailleurs rappelé les principes directeurs tant moraux que juridiques. Concernant ce type de mariage, nous l’avons qualifié de mixte plutôt que d’exogame, mais les guillemets s’imposeraient aux deux termes, nous disposons des versets suivants dont nous avions donné en “Que dit vraiment le Coran” le résumé de traduction comme suit :

* S2.V221 : “Ne prenez pas pour épouse une polythéiste à moins qu’elle ne devienne croyante…Ne prenez pas pour époux un polythéiste à moins qu’il ne devienne croyant. Cela, même s’ils vous enchantent…”
* S5.V5 : “…Aujourd’hui il vous est autorisé de contracter mariage avec les Dames des Gens du Livre…Sans libertinage…”
* S60.V10 : “…Les croyantes ne sont pas permises aux incroyants et les incroyants ne sont pas permis aux croyantes.”

A lire, on décèle : Premièrement, l’interdiction pour une musulmane d’épouser un polythéiste en S2.V221, interdit valable aussi pour le musulman. Puis en S60.V10, l’interdiction pour une femme ou un homme musulman de choisir un conjoint incroyant. Enfin en S5.V5, la permission d’épouser une gente Dame parmi les Gens du Livre sans qu’il soit expressément spécifié que cela soit interdit aux musulmanes.

Au total, rien qui ne réponde directement à la question de base puisque le Coran ne mentionne pas explicitement l’interdiction pour une musulmane d’épouser un homme appartenant aux gens du Livre, juif ou chrétien pour faire simple.

A ce stade je dois consulter la Sunna et, si j’ai la possibilité de mener cette recherche, je constate qu’il n’existe aucun hadîth authentifié faisant mention d’une telle interdiction, nous y reviendrons. Donc, en première lecture Coran et Sunna convergent, cohérence somme toute attendue.

Il parait pourtant évident, islamiquement, qu’il est interdit à une musulmane d’épouser un non musulman !

Vous avez raison d’insister, le fait est connu de tout le monde. Cependant, l’évidence ne suffit pas à faire Loi. “Islamiquement” est un néologisme dont on ne sait précisément quelle notion il englobe. Sont-ce les prescriptions coraniques, celles de la Sunna, celles du Droit musulman, l’avis de la majorité musulmane, les us et coutumes des musulmans, ce que je crois être vrai ? Dans quel ordre de priorité et selon quelle hiérarchisation ? De fait, il s’agit d’un fourre-tout qui de par son imprécision permet un certain nombre de tours de passe-passe.

Parole de Dieu ou parole d’homme ? “Islamiquement” englobe les deux sans vouloir spécifier, créant en cela une confusion rendant l’usage de ce terme aussi risqué que fréquent. Donc, pour utiliser la seule terminologie exacte nous dirons que, si ni le Coran ni la Sunna n’interdisent ce type de mariage, le Droit musulman, le Fiqh, quant à lui se prononce sans ambiguïté et le formule clairement : “Il est interdit à une musulmane d’épouser un non musulman fût-il juif ou chrétien.”

Tout un chacun est porteur de cette sentence. En tant que musulman, je suis entièrement tributaire d’une culture de croyant construite depuis ma naissance ou ma conversion. Elle est la synthèse des enseignements que j’ai assimilés de façon consciente, apprentissage intellectuel, ou inconsciente, construction informelle et sociale de mon identité religieuse. Concrètement, cela signifie que lorsque j’aborde le Coran je ne pratique pas une lecture neutre.

Lors du premier temps de lecture du Coran je projette sur le texte coranique ma propre pensée avant que de rechercher la pensée coranique[i]. Donc, tout comme vous, à la lecture de ces versets je conclurai que le Coran interdit le mariage d’une musulmane avec un non musulman puisque tel est l’énoncé du Fiqh et que la totalité des musulmans le professe. Et cela alors même que le Texte ne se prononce pas sur ce point !

C’est un fait, mais reste donc à comprendre comment l’on a pu aboutir à légiférer contre le sens apparent du Coran et face au silence du Hadîth.

Exactement, la concision du format de présentation de “Que dit vraiment le Coran ” ne permet pas de longs développements. Nous y présentons les données coraniques brutes, c’est-à-dire dépouillées de tous les préjugés que nous venons d’évoquer[ii], laissant ainsi au lecteur la possibilité de former son propre jugement. Au gré de ces entretiens nous aurons l’occasion, plaise à Dieu, d’aborder plus en profondeur certaines questions de cet ouvrage. Concernant notre sujet il convient donc, méthodologiquement, de préciser l’analyse de l’énoncé coranique puis d’étudier les hadîths ayant été allégués, et les raisonnements suivis par les jurisconsultes.

Puisque nous avons constaté que le Coran ne traite pas le sujet, que pouvons nous attendre d’une étude coranique plus développée ?

Il est nécessaire de pousser plus avant l’exégèse des dits versets afin de rechercher si des éléments plus subtils pourraient contredire le discours apparent mais aussi, afin de mieux démonter et comprendre l’absence de fondements coraniques de la position juridique traditionnelle. Il est évident que cette démarche précède l’élaboration de chacune des thématiques abordées en “Que dit vraiment le Coran”, faute de quoi notre travail n’aurait été que partiel et partial. Parallèlement, seront mises à jour des indications permettant de nuancer thèse et antithèse à l’aune d’une approche éthique de la problématique.

Trois versets, nous l’avons dit, qu’il convient à présent d’étudier en version intégrale et selon l’ordre chronologique.

Une remarque préliminaire s’impose : en ces trois versets il n’est pas employé les mêmes déterminants. On note effectivement, S60.V10 : kuffâr (incroyants, ou mieux dénégateurs), S2.V221  : muchrikûn (polythéistes, ou mieux associateurs), S5.V5 : Ahlu-l-kitâb (Gens du Livre, ou mieux Communauté du Livre) qui, à priori, ne sont pas synonymes. Ils seront soulignés dans la traduction.

S2.V221 : “Ne prenez pas pour épouses les polythéistes à moins qu’elles ne deviennent croyantes. Une esclave croyante est préférable à une polythéiste, quand bien même vous émerveillerait-elle. Ne prenez pas pour époux des polythéistes à moins qu’ils ne deviennent croyants. Un esclave croyant est préférable à un polythéiste, quand bien même vous émerveillerait-il. Ils vous appellent au Feu alors que Dieu, par Sa permission, vous invite au Paradis et au Pardon. A cette fin, Il expose clairement Ses versets aux gens afin qu’ils se les remémorent.”

Aucune ambiguïté, il est présentement interdit aux musulmans, hommes ou femmes, d’épouser un polythéiste. Nous savons tous que du temps de la Révélation, cela désignait les religions arabes dont les Quraychites demeuraient de fidèles défenseurs face à l’appel monothéiste. Il en est de même actuellement, sauf que le polythéisme religieux, mais non le polythéisme matérialiste, a disparu de la Péninsule Arabique.

Ce verset ne possède pas de circonstances de révélation authentifiées, sabâbu-n-nuzûl, si ce n’est de constater que, tout comme le verset relatif à la polygamie (S4.V3), il s’inscrit dans une réflexion ayant trait à la prise en charge des orphelins (voir V.220).

Il ne s’agit pas d’un cas particulier, ce verset a une portée générale et permanente. Il fixe précisément une limite à ne pas franchir alors qu’à l’époque les plus beaux partis étaient encore du coté des polythéistes et non de celui de la jeune communauté musulmane de Médine, pauvre et menacée. La situation n’a guère évolué et la présence actuelle de communautés de musulmans en terre d’occident présente bien des caractéristiques communes. Il s’agit en fait d’une révolution culturelle, une esclave croyante étant préférable à une belle de famille noble et païenne, la foi doit l’emporter sur le rang social. L’interpellation garde toute sa pertinence.

“Qu’en bien même vous émerveillerait-il”. Cette remarque, syntaxiquement non obligatoire, indique clairement que l’objectif incontournable du mariage est la communion dans la foi et non la jouissance physique ou matérielle. Nous avons bien dit communion dans la foi et non préservation de la foi, le texte dit exactement cela et rien d’autre, nous reviendrons sur ce point essentiel.

Notons la remarquable symétrie de formulation soulignant l’égalité aux yeux de Dieu de l’homme et de la femme y compris, si ce n’est évidemment, dans le mariage. En guise de démonstration il est alors dit aux hommes comme aux femmes qu’un tel mariage risque de ruiner la foi du musulman ce qui semble justifier cette incise lapidaire : “Ils vous appellent au Feu”. Parallèlement, on comprend que le mariage entre musulmans est un choix favorable, non une garantie, pour la vie du croyant : “Dieu ainsi vous invite au Paradis et au Pardon.”

Le verset se conclut par un appel à la réflexion afin que le croyant et la croyante ne se laissent pas tenter par les jouissances et les illusions éphémères de ce monde et privilégient le choix et la voie de l’adoration pleine et entière du Seigneur des mondes.

Au final, le texte ne comporte aucune incertitude, et ce verset ne parait pas pouvoir contribuer à élaborer la thèse officielle du Droit musulman. Par contre, il recèle de nombreux éléments fournissant matière à une analyse morale, ou éthique, sur le mariage interreligieux qu’il conviendra de méditer en notre conclusion.

S60.V10. : “Ô croyants, lorsque des croyantes ayant émigré vous rejoignent, examinez leur situation. Seul Dieu connaît réellement leur foi, mais si vous les jugez croyantes ne les renvoyez pas vers les dénégateurs (kuffâr). Elles ne leur sont plus licites et réciproquement. Dans ce cas rendez leur ce qu’ils avaient dépensé (en guise de dot). Nul grief à ce que vous les épousiez après les avoir à nouveau dotées. De plus, ne retenez pas par les liens du mariage les dénégatrices (kawâfir). Demandez alors ce que vous leur aviez donné comme dot, tout comme ils réclament ce qu’ils avaient dépensé. Tel est l’arbitrage décidé par Dieu s’appliquant entre vous, car Dieu est Savant et Sage.”

Nous connaissons les circonstances de sa révélation, ce qui permet d’en préciser le sens et la datation. Il fait suite chronologiquement au précédant. Il a été rapporté par Al Bukhârî qu’il fut révélé dans les suites immédiates de la signature du pacte de Hudaybyya en l’an 8 de l’Hégire.

En autres dispositions, il avait été stipulé et accepté par les deux parties signataires, le Prophète SBSL et des notables Quraychites, que tout musulman qui s’enfuirait de la Mecque devrait être remis par les musulmans aux dits Quraych. Il advint que des musulmanes mariées à des polythéistes mecquois fuirent alors la Mecque. C’est dans ces circonstances que ce verset fut révélé. L’on peut de par cet éclairage en déterminer les indications :

* Une musulmane ayant émigré vers la Communauté musulmane n’aura pas être restituée aux Quraych, le pacte de Hudaybyya ne s’appliquant qu’aux hommes du fait même des termes de ce traité. Interprétation littéraliste dont les Quraychites convinrent.
* Il rappelle et confirme l’interdit pour des musulmans, hommes ou femmes, de se marier avec des polythéistes. Le contexte de révélation indique clairement qu’il s’agit bien de l’interdiction à l’égard des polythéistes alors même que le terme employé pour les désigner est kuffâr au lieu de muchrikûn comme au tel était le cas en S2.V221.

Cf. l’analyse étymologique en infra.

Il introduit une notion supplémentaire ; jusqu’à présent les mariages de ce type ayant été contractés avant l’interdiction édictée en S2.V221 étaient maintenus. A présent, ils doivent être annulés. Al Bukhârî rapporte que Umar divorça ainsi sur le champ de deux épouses. La raison principale de ce changement réside dans le fait qu’un des objectifs du pacte de Hudaybyya était de séparer de manière quasi étatique la Communauté de Médine des factions polythéistes. Les musulmans en ressortiront nettement renforcés.

Notons que jusqu’à une date relativement avancée, 18 années de prédication prophétique, de nombreux musulmans et musulmanes avaient donc pour conjoints des polythéistes sans que cela n’eut posé de réels problèmes. Ce n’est qu’à partir de la révélation de ce verset que la séparation intervient. Cette mesure symbolise et concrétise la constitution d’une communauté musulmane nettement différenciée de l’environnement polythéiste arabe.

Pour inciter à ces “démissions”, il est conseillé d’épouser et de doter les musulmanes ayant fui leur époux polythéiste afin de les intégrer plus aisément à la communauté de Médine. En fonction des règles sociales et économiques de l’époque, une femme seule était en danger de mort.

De même, on cherchera à inciter les polythéistes à divorcer de leurs épouses musulmanes en leur proposant de leur rembourser la dot.

Comme au verset précédant, on note la parfaite symétrie de formulation soulignant l’égalité des hommes et des femmes quant à leurs responsabilités de croyants. Les uns comme les autres sont invités à s’engager à sauvegarder leur religion.

Au final, une mesure essentielle de séparation des couples existants en conformité totale avec le principe général de S2.V221 : interdiction aux musulmans, hommes ou femmes, d’épouser des polythéistes.

Enfin, il convient de souligner une terminologie particulière à ce verset. En effet, l’emploi des termes kuffâr et kawâfir désignent étymologiquement dans le Coran les dénégateurs, ou les incroyants comme d’aucuns le traduisent et le pensent couramment. Mais, comme nous l’avons indiqué, selon le contexte de révélation dont heureusement nous disposons, ces deux termes n’incluent ici que les polythéistes. Le choix coranique est précis :

kuffâr est un masculin pluriel qui dans le Coran a valeur intensive. Il marque ici une autre justification de l’interprétation littéraliste du traité de Hudaybyya afin de ne plus laisser les polythéistes Quraychites dominer des musulmanes. L’emploi de ce terme marque donc le rejet et la séparation entre la communauté monothéiste et la communauté polythéiste. Ceux-ci sont stigmatisés non plus par leur seule idolâtrie mais par l’essence même de leur déviation, le rejet de l’unicité de Dieu.

Kawâfir est un des pluriels du féminin kâfira et il n’est employé qu’en cet unique verset. Or, de façon remarquable, le Coran n’emploie jamais le féminin de kâfir alors même que l’on trouve le féminin de croyant, mu’mina, d’hypocrite munafiqa, etc… Ceci provient du fait que l’emploi néologique de kâfir dans le Coran se fait essentiellement au pluriel kâfirûn. Dans le langage coranique il a valeur de collectif incluant de fait les hommes et les femmes sous un seul et même vocable à l’instar de son opposé “croyants” qui inclut hommes et femmes de foi.

Il désigne la fraction qui de tout temps a dénié le Pacte initial que l’humanité a contracté de par la volonté et la grâce de son Seigneur, ce qu’il convient au plus juste de dénommer “dénégateurs”. Ce pluriel féminin de forte consonance, kawâfir, est donc le symétrique de kuffâr ce que confirme l’égalité de traitement des musulmans et des musulmanes en ce verset quant à la catégorie leur étant désormais interdit d’épouser, les polythéistes hommes ou femmes. Il est ainsi employé pour désigner les épouses polythéistes des musulmans en ce qui caractérise le polythéisme, le dénie de l’unicité de Dieu.

Donc, comme pour kuffâr, kawâfir indique la séparation dogmatique et théologique tout autant que sociale. Lors de la conclusion nous développerons cet aspect important des enseignements de ce verset.

Quoiqu’il en soit, on aura observé qu’en ce verset, comme pour le précédant, ce qui est ici interdit aux musulmans l’est aux musulmanes. Ce verset ne peut de fait servir d’argument rationnel à ceux qui soutiennent la thèse officielle du Droit musulman lequel introduit un “droit” différent pour les musulmanes.

Nous notons la parfaite symétrie de droit et devoir des musulmans et des musulmanes. Mais il semble que l’un des versets que vous aviez mentionné en en-tête introduit clairement une différence de statut entre les hommes et les femmes concernant ce type de mariage.

Vous faites allusion au verset 5 de sourate 5, du moins tel qu’il est couramment compris. Cependant une analyse plus rigoureuse aboutît à des conclusions différentes. En voici le texte intégral.

S5.V5 : “A ce jour vous est permis ce qui est excellent. La nourriture des Gens du Livre vous est permise tout comme la votre pour eux. De même les Dames respectables d’entre les croyantes et les dames respectables d’entre ceux qui reçurent le Livre avant vous, à condition que vous leur remettiez leur dot. Cela en hommes respectables, sans débauche ni libertinage. Quiconque dénie la foi détruit ses œuvres et sera dans l’au-delà du nombre des perdants.”

Ce verset est de révélation sûrement très tardive. Il débute par la même expression que la deuxième moitié du verset 3 de la même sourate “A ce jour”. Ce dernier a été révélé durant le pèlerinage d’adieu du Prophète SBSL, trois mois avant le décès du Bien-aimé et il est évident qu’il a valeur de conclusion de la Révélation.

Il n’y a pas de circonstances de révélation connues mais il s’insère logiquement dans un contexte particulier, le paragraphe introduisant la Sourate 5 traitant d’un certain nombre d’interdits et, corollairement, d’autorisations.

“Ce qui est excellent” est une expression, at-tayybât, de portée générale. Il ne convient pas comme on le lit fréquemment d’en réduire le sens aux seules nourritures. Il qualifie, logiquement, plus particulièrement ce qui par la suite va être mentionné dans le verset, à savoir : la nourriture de tous les croyants quelles que soient leurs obédiences monothéistes, et le mariage avec des femmes vertueuses quelles que soient leurs obédiences monothéistes.

Il aurait suffit d’édicter que la nourriture des Gens du Livre était licite aux musulmans. Cependant, préciser que celle des musulmans est elle aussi licite aux Gens du Livre semble avoir pour but d’indiquer à celui qui voudrait partager sa nourriture (dans le cadre du mariage puisque ces deux volets sont liés en ce verset) que cela lui est licite. Ceci concerne, en pratique, essentiellement les adeptes du judaïsme. Notons qu’en arabe le pronom lahum “pour eux” s’applique pour le masculin pluriel ce qui pourrait inclure le cas d’hommes appartenant aux Gens du Livre ayant épousé des musulmanes. Malgré tout, ce type de raisonnement ne constitue pas à lui seul une preuve, mais il prendra valeur en fonction du faisceau convergent suivant :

La symétrie de propos était stipulée dès le début du verset, le “vous est permis” concernant bien évidemment les hommes et les femmes.

De même, le collectif Gens du Livre englobe hommes et femmes. Donc, il peut être envisagé que des musulmanes mangent avec les adeptes de ces religions ce qui, dans le contexte, signifie qu’elles en sont les épouses.

Ces trois remarques, nous le verrons, s’opposeront à un prétendu vide juridique.

Nous laissons de coté la discussion sur les conditions de léïcité des aliments des Gens du Livre. Aucun élément spécifiant ne figure au demeurant en ce verset et ceci, de plus, ne concerne pas directement notre propos.

Nous avons traduit par “femmes respectables” le terme muhsanât dont le sens a été très discuté par les commentateurs mais ces spéculations n’ont que peu d’incidence sur le sujet. Nous avons donc opté pour une traduction dont l’imprécision relative cherche à rendre l’équivalent arabe. L’essentiel est l’indication principale : il ne s’agit pas d’épouser n’importe quelle femme mais, bel et bien, des femmes respectables. C’est-à-dire de comportement correct pour ne pas avoir à reproduire les multiples commentaires classiques.

Point capital, la formulation “A ce jour vous est permis ce qui est excellent” appliquée aux précisions relatives au mariage n’est pas à proprement parler une autorisation levant une interdiction préalable ou introduisant une exception à la règle précédemment édictée. Jusqu’à cette date, en fonction de S2.V221 et S60.V10, étaient interdits de mariage aux musulmans et aux musulmanes les seuls polythéistes. A ce jour dresse le bilan sur les bienfaits de l’Islam en sa complétude, tout comme au verset 3 où Dieu dit : “… A ce jour j’ai parachevé pour vous votre religion et vous ai comblés de mes bienfaits…”.

A comprendre le Coran dans son contexte littéral, se serait un contresens patent que de penser qu’en notre verset il soit donné autorisation d’épouser les Dames d’entre les Gens du Livre car, en fonction du seul interdit préexistant, il faudrait en conclure que dans la catégorie des polythéistes il est ainsi fait exception des juifs ou des chrétiens ! C’est malheureusement, et contre le Coran lui-même, une conception courante et une affirmation exploitée par les jurisconsultes.[iii]

En fait il s’agit là, non pas d’une autorisation élargie, mais de précisions et de restrictions relatives aux fondements du mariage. Prendre épouse n’est pas satisfaire recherche de beauté ou de jouissance, mais tendre à l’honnêteté et à la pureté, bases essentielles du comportement des croyants. Le mariage a donc ici comme but de renforcer et consolider la foi.

Ce verset indique donc que ce noble objectif est réalisable pour celui qui épouserait une Dame juive ou chrétienne présentant ces qualités. Ce faisant, il limite le champ du mariage à la vertu et au bon comportement. Ceci est d’ailleurs renforcé par la phrase “Cela en hommes respectables, sans débauche ni libertinage”.

Observons que cela constitue une explication morale très pertinente du terme initial at-tayybât, les choses excellentes, l’excellence est ici morale. Le couple doit être un lieu d’édification et de protection morale, et non un lieu de licences. Nous reviendrons sur cet aspect purement éthique du verset et des sérieuses limitations qui en découlent.

Ce qu’il faut entendre par Gens du Livre a fait l’objet d’âpres discussions chez les exégètes. S’agissait-il de ceux antérieurs à l’Islam ? Auquel cas ce verset ne serait pas applicable. Ceux qui parmi eux auraient adopté l’Islam ?

Auquel cas ce ne serait plus des Gens du Livre. Ceux qui auraient le statut de “protégés” dhimmî ? Etc. Ces découpages juridico théologiques n’ont pour but que de restreindre la portée générale du verset. Cependant, il est aisé de trancher et du même coup de démontrer les intentions cachées. Car, à bien lire le verset, il est dit très précisément non pas “d’entre les Gens du Livre” mais “d’entre ceux qui reçurent le Livre avant vous”. La précision “avant vous” lève toute ambiguïté car “antérieur à l’Islam” valide ces religions en leur état historique et stipule ainsi que sont ici désignés tous ceux qui se prévalent d’une religion scripturaire quelque soient leurs statuts actuels.

Enfin, il convient de souligner le fait suivant : contrairement aux deux autres versets il n’y a apparemment plus de symétrie de construction. C’est-à-dire qu’il n’est pas précisé que les croyantes pourront prendre pour époux des hommes respectables parmi les Gens du Livre. Au demeurant, il s’agit de la “faille” exploitée par les tenants de la doctrine juridique classique.

Ils soutiennent que ce verset ne donne autorisation qu’aux hommes musulmans et en concluent, par une logique de l’absurde, que le Coran interdit donc de tels mariages aux musulmanes ! Comment accepter qu’un interdit divin, un “harâm”, soit énoncé en l’absence d’un texte ! Alors même que pour ces légistes, le licite est l’état naturel de toutes choses et l’illicite une exception obligatoirement précisé par Dieu et/ou son Prophète ! Faut-il en conclure que le “droit” des femmes est hors loi !

En réalité, cette dysmétrie ne résulte pas d’une “absence” et s’explique aisément. L’objectif du verset nous l’avons dit n’est pas tant d’autoriser que de restreindre, or les appétits négatifs qu’il s’agit ici de réguler sont principalement le fait des hommes. Tout particulièrement à cette époque où la femme, comme toute possession, était objet de convoitise purement matérielle.

Ce type de rapport à “l’épouse” n’avait rien de moral et ne pouvait convenir à la foi du croyant comme le verset le rappelle. Il n’était donc pas utile d’appliquer la même remarque aux femmes musulmanes d’alors qui socialement ne “bénéficiaient” pas de prérogatives équivalentes. Dieu en quelque sorte les innocente, alors qu’Il souligne avec acuité les limites que les hommes, soit-ils musulmans, doivent s’imposer.

Ce faisant, Il adresse une sévère mise en garde aux musulmans en mettant à jour les pulsions masculines : “Cela en hommes respectables, sans débauche ni libertinage”.  Cette remarque conserve toute sa pertinence car, de nos jours, nombreux sont les musulmans qui, au nom de l’autorisation coranique, convolent en justes noces, largement célébrées pour leur mixité, pour des raisons n’ayant que peu de lien avec la préservation et l’épanouissement de leur foi.

“Quiconque dénie la foi détruit ses œuvres…”. Cette information s’entend sous deux aspects. Premièrement, elle est à rapprocher du propos équivalent en S60V.10 : ” Seul Dieu connaît réellement leur foi, mais si vous les jugez croyantes ne les renvoyez pas”. Elle ne s’applique plus uniquement aux musulmans mais aussi aux Gens du Livre.

Comme nous l’avions souligné, cette remarque coranique interdit de spéculer sur la nature réelle de la foi de ceux qui se déclarent croyant, dénier leur foi revient à prétendre à une science que seul Dieu possède. Deuxièmement, elle indique aussi que celui qui dénie sa propre foi pour contracter mariage par pure licence ou profit, ruine de par cette intention ses actes.

Au final, ce verset indique en un concept plus limitatif que permissif la possibilité de mariage des musulmans avec des Dames vertueuses des Gens du Livre. Il ne mentionne pas qu’il en est de même pour les musulmanes, pas plus qu’il ne l’interdit. Mais, cette non précision, à différencier d’une imprécision, est accompagnée de nombreux arguments indiquant que cette possibilité existe. Elle sera alors assujettie à des critères similaires à ceux imposés aux hommes musulmans. Rien ne permet de prétendre le contraire, or il en a été bien différemment !

Au-delà de ces précisions exégétiques, il convient donc à présent d’étudier les arguments juridiques aboutissant à une législation “islamique” en opposition flagrante d’avec le Coran.

Nous envisagerons cela dans la deuxième partie de ce rappel, plaise à Dieu. Cependant, je tiens à dire, dès à présent, que dans la conclusion que nous présenterons -laquelle traduit celle que nous avions proposée en quelques lignes en “Que dit vraiment le Coran”- nous ne défendons pas pour autant une attitude permissive ou laxiste.

Nous avons dégagé lors de l’exégèse ci-dessus les nombreuses limitations morales et sociologiques ayant trait au mariage en général et aux mariages “mixtes” en particulier. Lesquelles, de notre point de vue, vont bien au-delà de ce qu’une simple interdiction imposerait à l’homme et à la femme ou plus encore aux seules femmes comme on le prétend, en terme de purification des intentions de l’âme et du coeur.

par Dr Al ’Ajamî


Quelle loi appliquer au mariage  ?

1/ Conditions de forme du mariage :

En ce qui concerne les délais de publication des bans, la compétence de l‘officier de l‘état civil, l‘aspect civil ou religieux du mariage, la loi applicable est celle du pays o๠le mariage est célébré.

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2/ Condition de fonds du mariage :

En ce qui concerne les conditions de fond du mariage comme la capacité, mariage-gay1l‘àge ou les empêchements, la loi applicable est celle de la loi nationale c‘est à  dire celle propre à  chaque époux.

En principe la condition du mariage imposant ou non une différence de sexe relève de la loi nationale de chaque époux.

Mais, les juges français peuvent refuser d‘appliquer la loi étrangère lorsqu‘elle est contraire à  l‘ordre public français, comme par exemple si elle permet la polygamie.

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Quels sont les pays qui ont autorisé le mariage homosexuel ?

1/ En Europe :

Trois (3) états en Europe autorisent le mariage homosexuel :

– Aux Pays-Bas : le mariage homosexuel est autorisé (article 30 du livre I du code civil néerlandais) depuis que la loi du 21 décembre 2000 est entrée en vigueur, c‘est à  dire depuis le 1er avril 2001.

Il suffit que l‘un des époux ait la nationalité néerlandaise ou y réside. La loi néerlandaise se déclare compétente pour s‘occuper des conditions de validité du mariage. Pourtant, un mariage homosexuel célébré aux Pays-Bas n‘aura aucune valeur en France.

– En Belgique : le mariage homosexuel (article 143 §1 du code civil belge) depuis que la loi du 13 février 2003 est entrée en vigueur, c‘est à  dire depuis le 1er juin 2003.

La loi applicable aux conditions de fond du mariage est celle de la loi nationale de chaque époux (article 170 ter du code civil belge).

– En Espagne : plus récemment par une loi du 30 juin 2005. Ce mariage est possible depuis le 3 juillet 2005. L‘Espagne devient même le premier état à  accepter l‘adoption sans restriction

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2/ En dehors des frontières européennes :

En dehors de l‘Europe, quelques Etats l‘autorise également :

– Au Canada : le mariage homosexuel est autorisé (article 30 du livre I du code civil)

– Au Massachusetts : seul cet Etat des Etats-Unis autorise le mariage homosexuel.

– L‘Afrique du sud : seul Etat africain à  inclure dans sa constitution (1994) toute interdiction de discrimination vis-à -vis de l’orientation sexuelle, la cour constitutionnelle sud-africaine a donné fin 2005 un an au Parlement pour approuver une loi autorisant le mariage homosexuel. Après ce délai, même en absence de nouvelles lois, les mariages homosexuels devront être dûment enregistrés

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Un tel mariage est-il valable en France ?

En appliquant la loi nationale de chaque époux, le mariage homosexuel ne peut pas être reconnu en France puisque les juges estiment qu‘une des conditions de fond du mariage est la différence de sexe entre les époux.

Les mariages homosexuels qui peuvent être reconnus (sous réserve de ne pas être contraires à  l‘ordre public), sont ceux célébrés entre deux ressortissants d‘états autorisant ce mariage. C‘est le cas par exemple pour un mariage entre deux belges, deux néerlandais ou encore un belge et un néerlandais.

Cet ordre public interdit notamment toute célébration, en France, d‘un mariage entre deux personnes de même sexe. Ce qui signifie qu‘un mariage homosexuel n‘est pas valable en France.

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Quelles sont les conséquences en France d‘un mariage homosexuel célébré à  l‘étranger ?

Si un couple homosexuel marié aux Pays-Bas, en Espagne ou en Belgique s‘installe ensuite en France, qu‘est ce qui se passe ? Comment gérer leurs biens ?

Un mariage homosexuel ne peut pas se célébrer en France mais il y produit ses effets.

1/ Régime matrimonial :

La convention de La Haye du 14 mars 1978 s‘applique.

Elle est entrée en vigueur le 1er septembre 1992 et elle laisse le choix aux époux pour déterminer la loi applicable à  leurs biens.

Les époux peuvent modifier leur choix de loi applicable pendant le mariage (article 6 de la convention).

La Belgique n‘a pas signé cette convention.

Lorsque les Pays Bas l‘ont signé, ils ont également signé la réserve (article 4-1 de la convention), c‘est à  dire la loi applicable au régime matrimonial de deux époux néerlandais du même sexe est la loi néerlandaise.

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2/ Successions :

Le conjoint survivant d‘une union homosexuelle peut prétendre aux droits successoraux prévus par la loi française dès l‘instant o๠celle-ci se trouvera compétente, comme par exemple lorsque le défunt a laissé des immeubles en France ou s‘il avait son dernier domicile en France.

Informations http://www.divorce.fr